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Avant de plonger, écoutez d’abord vos oreilles

Les 3 M Matériels

Un rhume banal serait passé inaperçu au quotidien mais à peine avait-il atteint quelques mètres de profondeur que des otalgies insupportables le saisissent l’obligeant à remonter. Ces otalgies font partie des traumatismes auriculaires, appelés également barotraumatismes engendrés par l’hyperpression qui s’exerce sur le tympan pendant la descente. Ces barotraumatismes sont également rencontrés lors de la séance de l’OHB (oxygénothérapie hyperbare) puisque le patient respire de l’oxygène à une pression de 2,5 ATA, soit l’équivalent d’une profondeur de 15 m. Avant de parler effets indésirables, commençons par un détour sur les indications de l’OHB dans les pathologies de la sphère ORL avec Dr Rania Ben M’hamed, professeur agrégé au service d’Oto-Rhino-Laryngologie à l’Hôpital Militaire de Tunis.

«La surdité brusque, les cellulites cervicales, les abcès dentaires réfractaires au traitement, les séquelles de radiothérapie (ostéoradionécroses) et de chimiothérapie (ostéonécroses chimioinduites) et les pathologies infectieuses dont l’otite externe nécrosante sont les principales indications orl de l’oxygène hyperbare. Je tiens à préciser que pour le cas particulier des otites externes nécrosantes, fréquentes chez le diabétique, qui induisent une ostéite de la base du crâne et dont le traitement médical dure de 6 à 8 semaines, l’OHB a donné de très bons résultats thérapeutiques. Il y aussi les pathologies vasculaires brutales dont la paralysie faciale idiopathique pour qui l’oHB est encore en cours d’étude mais dont les premiers résultats obtenus sont très encourageants. Toutes les pathologies sus citées sont prises en charge par la CNAM en dehors de la paralysie faciale. Quant au mécanisme d’action de l’oxygène, Dr Ben M’hamed a rappelé que « l’oxygénothérapie hyperbare est un traitement médical naturel basé sur l’action conjointe de l’oxygène et de la pression. L’inhalation de l’oxygène pur (100%) à des pressions élevées (2,5 à 3 ATA) permet d’augmenter de 15 à 20 fois la quantité d’oxygène dissous dans le sang et les tissus. Cette quantité d’oxygène permet de couvrir les besoins totaux de l’organisme et pallier à un dysfonctionnement de l’hémoglobine comme dans les cas d’intoxication au monoxyde de carbone. Par ailleurs, l’élévation de la pression d’oxygène dans le sang artériel amène une vasoconstriction réactionnelle des petits vaisseaux sans baisse significative du contenu en oxygène livré aux tissus. L’oxygénothérapie hyperbare contribue donc à diminuer l’œdème (enflure) de certains tissus ou organes. L’OHB permet une redistribution de l’oxygène en faveur des tissus mal oxygénés induite par un phénomène de vasodilatation des vaisseaux.

Il y a aussi l’effet anti-infectieux puisque l’augmentation de la pression en oxygène a un effet bactéricide sur les bactéries anaérobies, l’effet anti-ischémique grâce à une meilleure oxygénation des tissus et l’effet cicatrisant car l’OHB accélère la synthèse du collagène par les fibroblastes, processus fondamental de la cicatrisation et stimule la formation et la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins (néovascularisation) ». Dr Ben M’hamed a souligné l’importance capitale que revêt l’examen orl systématique avant toute séance d’OHB « ainsi, tous les patients qui passent en OHB font une consultation orl systématique car les premiers problèmes qui se voient concernent l’oreille. Si le patient présente un problème otologique ou rhinologique à type d’obstruction nasale ou même un petit rhume, il risque le barotraumatisme comme la surdité et la perforation tympanique à l’intérieur du caisson mais c’est surtout les otalgies qui sont les accidents les plus fréquents pouvant imposer l’arrêt de la séance. On rapporte aussi les traumatismes sinusiens qui restent extrêmement rares. L’examen ORL comporte, entre autres, une impédancemétrie, un examen endoscopique et rhinologique et la vérification de la perméabilité de la trompe d’Eustache. Dans certains cas d’obstruction nasale, on peut être amenés, si la séance est impérative, à traiter une demi-heure avant mais parfois la séance d’OHB est annulée. Pour les contre-indications, en plus des troubles respiratoires obstructifs, des contre-indications cardiaques, neurologiques… l’otite séromuqueuse avec un épanchement rétro-auriculaire et les pathologies rhino sinusiennes induisant une obstruction nasale sont celles qui relèvent de la spécialité O.R.L. Pour ce qui est de la gestion des patients, Dr Ben M’hamed a précisé que « le service d’ORL de l’HMPIT draine sans délais les surdités brutales, classées comme urgence extrême, venant des quatre coins de la Tunisie. Reste le problème des patients souffrants de cellulites cervicales et d’otites nécrosantes qui présentent le souci de la longue durée de leur hospitalisation et pour qui les séances d’OHB sont faites en ambulatoire. On prend en charge également les cellulites graves cervico-médiastinales car ces malades lourds sont généralement hospitalisés en réanimation et le traitement par l’OHB a donné des résultats spectaculaires avec un délai de cicatrisation plus court et un meilleur contrôle local de l’infection ».

La surveillance des plongeurs ayant des pathologies auriculaires

« Les plongeurs bénéficient d’un examen ORL poussé qui comprend, en plus de l’examen physique, une radio des sinus, un examen endoscopique nasale et une audiométrie. Si la surveillance des plongeurs amateurs se fait moins stricte car ils n’atteignent pas des profondeurs importantes, celle des professionnels en la matière se fait plus rigoureuse et étroite. Ceci dit, qu’il soit amateur ou professionnel, les otites aigues à tympan fermé restent une contre-indication absolue pour la plongée car il risque d’aggraver sa maladie. On insiste sur la nécessité de réaliser toujours la manœuvre de Valsalva qui, Du moment que la manœuvre de Valsalva ne passe pas, pas de plongée. Si la manœuvre de Valsalva échoue, la plongée est à proscrire. La manœuvre de Valsalva sert à équilibrer les pressions entre oreille externe et oreille moyenne. Elle consiste à prendre sa respiration, se boucher le nez, fermer la bouche et faire monter la pression pulmonaire jusqu’à ce que les trompes d’Eustache (conduit entre oreille moyenne et pharynx) s’ouvrent et que les tympans se rééquilibrent, produisant un petit claquement dans les oreilles. Pendant la manœuvre, on peut faciliter l’ouverture des trompes d’Eustache en déglutissant (avalant sa salive) ou en mimant une déglutition. cette méthode doit être utilisée de manière douce afin d’éviter les risques de coups de pistons qui seraient traumatisants pour l’oreille ».

Par E.K.L

Dr Rania Ben M’hamed,

Professeur agrégé au service d’Oto-Rhino-Laryngologie

Hôpital Militaire de Tunis

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