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L’hystérie en bas âge : éliminer d’abord un problème organique

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Est-ce que l’hystérie touche également les enfants ? Une question qui a mérité largement le détour auprès du Dr Fatma Charfi, assistante hospitalo-universitaire en pédopsychiatrie à l’hôpital Mongi Slim, dans le but de cerner les facettes de ce trouble connu, à ce jour, comme l’apanage des adultes.

Est ce qu’on peut-on parler d’hystérie chez l’enfant ?

« L’hystérie chez l’enfant a fait l’objet de controverses et ce depuis longtemps. En effet, la personnalité est encore en développement chez l’enfant, et classiquement on ne parle pas de troubles de la personnalité avant l’adolescence. Il faut donc séparer les manifestations « hystériques » comme les conversions et les traits de personnalité de type hystérique peu admises chez l’enfant comme entité pathologique.

De plus, le trouble conversif ne renvoie pas forcément à la personnalité hystérique, particulièrement chez les plus jeunes. Par ailleurs, l’existence de certaines manifestations comme l’égocentrisme, la suggestibilité ou la quête affective qui renvoient à l’hystérie de l’adulte peuvent tout à fait être «normales» chez le jeune enfant et ne doivent pas être confondues avec des traits hystériques. C’est à partir de l’adolescence que les symptômes hystériques apparaissent.

Il faut juste savoir qu’un trouble conversif ne passe pas inaperçu. C’est son origine psychique qui est difficile à diagnostiquer et qui nécessite d’abord qu’une cause organique soit écartée ». Pour ce qui de la prévalence de l’hystérie infantile, Dr Charfi précise que « les études sont rares. En effet, les symptômes conversifs sont rares chez l’enfant, et souvent surviennent ponctuellement. La fréquence de ces manifestations augmente à partir de l’âge de 12-13 ans pour atteindre une fréquence proche de l’adulte

à partir de 15-16 ans. Et comme pour l’adulte, il existe, en apparence une prédominance féminine ».

Est ce que l’enfant prés ent e, comme l’adulte, des cris es de con version hystérique ?

« Les crises de conversion chez l’enfant touchent essentiellement la motricité (troubles de la marche, boiterie, pseudo-paralysie) mais aussi l’appareil sensoriel et phonatoire (aphonie, dysphonie, amaurose, hypoacousie, etc…). Il peut s’agir également de mutisme ou de pertes de connaissance. Les entretiens familiaux permettent parfois de retrouver l’existence d’un symptôme similaire chez un proche. Ces symptômes de conversion ne sont pas forcément associés à l’hystérie, mais ils ont une signification symbolique et ont pour fonction la résolution d’un conflit psychique inconscient. Parfois, ces conversions s’associent à une épilepsie ou une autre pathologie organique ce qui pose des problèmes diagnostiques. A ce propos, le diagnostic de conversion chez l’enfant, surtout chez les plus jeunes, ne peut être posé qu’après un bilan somatique complet permettant d’éliminer une cause organique ».

Quand faut-il consulter un psychiatre et comment évolue la pathologie chez l’enfant ?

« Ces troubles sont plus fréquemment rencontrés par le pédiatre, souvent épisodiques sans lendemain. Un suivi par le pédopsychiatre est parfois indiqué afin d’éviter que des bénéfices secondaires s’installent et pour prévenir l’aggravation des symptômes. C’est la répétition des conversions ou leur durée prolongée, la nature des bénéfices secondaire (absentéisme à l’école par exemple) qui sont les principaux motifs d’orientation vers le pédopsychiatre ».

Quels sont les moyens thérapeutiques requis ?

«Les moyens thérapeutiques sont exclusivement psychothérapeutiques, essentiellement la psychothérapie d’inspiration analytique. Les entretiens individuels avec l’enfant permettent de mieux comprendre le sens du symptôme et d’aider l’enfant à exprimer ses conflits psychiques et ses angoisses. Les consultations familiales font aussi partie de la prise en charge, leur objectif étant de replacer le trouble dans l’histoire de l’enfant et d’améliorer éventuellement la dynamique familiale. Enfin, dans les cas difficiles : un mutisme ou un trouble de la marche dont la durée se prolonge par exemple et les cas où il y a une intrication avec une pathologie organique, une hospitalisation en pédopsychiatrie peut s’avérer nécessaire et utile pour la résolution rapide du symptôme».

Par E.K.L

Dr Fatma Charfi

Assistante Hospitalo-Universitaire

en Pédopsychiatrie à l’Hôpital Mongi Slim

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